Titrisation en Afrique : un marché en pleine mutation, plus diversifié et plus complexe
Quels sont les facteurs qui stimulent le développement de la titrisation en Afrique ?
La titrisation devient un outil de financement de plus en plus pertinent en Afrique. Marché initialement concentré sur un nombre limité d’opérations bancaires, l’activité récente montre qu’il est désormais utilisé pour répondre à un éventail plus large de besoins de financement et pour mobiliser des capitaux à long terme au profit des établissements financiers, des entreprises et des entités du secteur public.
Le développement le plus marqué a été observé au sein de la région l’UEMOA, où les opérations ont porté sur la titrisation de créances bancaires, de créances commerciales, de prêts aux PME, de prêts hypothécaires et de créances relatives aux factures d’électricité, tandis que d’autres structures se sont concentrées sur des créances dues par des entités publiques ou parapubliques. Cette expansion reflète la demande croissante pour des solutions de refinancement alternatives, en particulier sur les marchés où l’accès à des financements à long terme demeure limité.
Quels actifs et structures sont concernés ?
Bien que les créances de prêts demeurent au cœur du marché, l’éventail des actifs s’élargit progressivement. Des opérations et mandats récents ont également porté sur des prêts non performants, des créances commerciales, des actifs immobiliers et des contrats de location, ainsi que sur des créances générées par des activités de mobile money dans plusieurs juridictions africaines. Les créances commerciales sont particulièrement bien adaptées à la titrisation, car leurs flux de trésorerie récurrents permettent d’alimenter des programmes de financement réguliers tout en permettant aux cédants de diversifier leurs sources de liquidité.
Au sein de la région UEMOA, les opérations sont généralement structurées au moyen d’un fonds commun de titrisation de créances (FCTC) régi par le cadre réglementaire régional de la titrisation. Les créances sont transférées au FCTC, qui finance leur acquisition par l’émission d’obligations, dont notamment des obligations placées sur le marché financier régional. La structure repose sur des dispositifs contractuels détaillés régissant le transfert et le recouvrement des créances, la conservation des actifs, la liquidité et la répartition des fonds disponibles entre les investisseurs.
Une complexification des structures est également constatée. Selon la nature des actifs et le profil de risque de l’opération, elles peuvent comprendre des tranches senior, mezzanine et junior, des lignes de liquidité, des garanties financières, des assurances-crédits et des accords directs avec des entités publiques. Dans le cas des créances commerciales, ces mécanismes peuvent se combiner à des dispositifs d’achat revolving et à des modalités de gestion et de recouvrement de créances destinés à préserver la continuité des flux de trésorerie sous-jacents. Pour les opérations transfrontalières portant sur de nouvelles catégories d’actifs, une entité ad hoc offshore peut être utilisée pour regrouper des créances nées dans plusieurs pays.
Quelles sont les perspectives du marché ?
L’environnement réglementaire constitue un facteur important dans le développement du marché. Au sein de la région UEMOA, le cadre réglementaire régional de la titrisation constitue une base commune pour les opérations impliquant plusieurs États membres. Néanmoins, il revient aux parties de traiter les questions de droit local relatives aux créances sous-jacentes, à la gestion et au recouvrement des créances, à l’exécution des opérations de titrisation, aux opérations de change et aux obligations du secteur public.
Le marché semble donc évoluer d’opérations isolées vers un écosystème de financement plus large et plus sophistiqué. Ainsi, la diversification des classes d’actifs, le développement des marchés de capitaux régionaux et l’implication des institutions de financement du développement, des garants et des arrangeurs spécialisés devraient contribuer à soutenir la poursuite du potentiel de croissance. La prochaine phase dépendra néanmoins de la capacité des acteurs du marché à standardiser la documentation, à développer des données de performance fiables et à répartir efficacement les risques de crédit, de liquidité, de change et opérationnels.
Si ces conditions sont réunies, la titrisation pourrait devenir une passerelle de plus en plus importante entre les cédants africains en quête de financements à long terme et les investisseurs recherchant une exposition diversifiée aux actifs africains.

