Analyses & décryptages

3 questions à Marie Bouvet-Guiramand sur le financement des infrastructures en Afrique

Quelles grandes évolutions observez-vous actuellement dans le financement et la structuration des projets d’infrastructures en Afrique ?

La conformité est devenue un critère déterminant de l’accès au financement, avec des exigences croissantes en matière de lutte contre la corruption et de critères environnementaux et sociaux (E&S).

La structuration des projets explore par ailleurs de nouvelles sources de capitaux, notamment les fonds concessionnels, lorsque l’État est prêt à en consacrer une part pour réduire le coût de financement d’un projet stratégique. Les acteurs du marché cherchent également de plus en plus à sécuriser la disponibilité de devises et à limiter leur exposition aux variations de taux de change.

Au-delà de ces évolutions, l’enjeu le plus important pour la bancabilité des projets reste la prévisibilité d’un cadre sécurisé sur le long terme. Les contrats doivent notamment intégrer des mécanismes permettant de tenir compte des risques d’évolution des réglementations, en particulier fiscales, et donner au concessionnaire les moyens de faire valoir ses droits sur les tarifs appliqués, l’objectif des investisseurs et des prêteurs étant bien sûr de ne jamais avoir à s’en prévaloir.

 

Quelle place les partenariats public-privé occupent-ils aujourd’hui dans le financement des infrastructures ?

Les PPP constituent un levier essentiel pour financer les infrastructures en Afrique. Leur succès repose sur une allocation équilibrée des risques entre pouvoirs publics et investisseurs, ce qui suppose des autorités publiques dotées de compétences structurées, adaptées aux enjeux techniques, financiers et juridiques des projets — condition indispensable à une mise en œuvre efficace et prévisible des contrats. La coordination entre autorités compétentes et la transparence des procédures sont également déterminantes.

Sur des projets récents, comme sur celui du BRT de Dakar, on constate le recours à des structures en deux parties : la partie infrastructure a été réalisée par les autorités sénégalaises avec le soutien de la Banque Mondiale, tandis que le matériel roulant et les systèmes ont fait l’objet d’un PPP adossé à un financement de projet. Cette structuration s’avère particulièrement pertinente pour ce type de service public, où l’équilibre est difficile à établir sans subvention : les usagers ne peuvent pas supporter le coût réel de l’équipement via le seul tarif, malgré son utilité sociale et son impact en matière de développement.

 

Quels mécanismes pourraient favoriser davantage le financement en monnaie locale ?

Le développement des financements en monnaie locale offre une couverture naturelle contre le risque de change. Mais les maturités et montants proposés par les acteurs locaux restent souvent insuffisants pour répondre aux besoins d’un projet, et ne permettent pas de financer les coûts devant être payés en devises.

Pour développer cette offre, on pourrait davantage mobiliser les marchés financiers régionaux via l’émission d’obligations, ou le financement par des entités publiques locales ou des banques de développement régionales.

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